Chaque année, des millions de dollars de nos taxes sont envoyés directement vers des multinationales américaines pour des licences logicielles.
Ce qui ne crée pas d’emploi ici, ni d’expertise ou de base pour construire d’autres solutions.
La seule statistique que j’ai trouvé est qu’en “2012, le gouvernement du Québec a dépensé 1,4 milliard de dollars pour renouveler des licences propriétaires, mais aurait pu économiser au moins 265 millions en choisissant des logiciels libres.” Source : Le Soleil
Pourtant les solutions libres, ouvertes, et souvent même supérieures restent ignorées ou ridiculisées.
Pourquoi continuer à financer notre dépendance technologique avec l’argent publique alors que nous pourrions renforcer notre indépendance numérique et encourager des programmeurs et entreprises du Québec.
On dirait qu’au Québec on continue la même méthode qui échoue très souvent. On réinvente la roue continuellement. Je crois que avec les logiciels libre nous pourrions réutiliser ce qui fonctionne pour continuer d’avancer, tout en créant des emplois et de l’innovations.
Exemple de projet qui coute trop cher au Québec
Parmis les entreprises qui innove, je pense bien sûr à l’entreprise Savoir-faire Linux qui développe depuis des années des solutions en logiciel libre.
Ceux qui me connaissent savent que je suis un fervent défenseur des idées du monde libre. J’ai donc été heureux de voir cette nouvelle :
*« La communauté Open Source des Nations Unies est fière d’annoncer que 16 organisations majeures ont adopté les Principes Open Source de l’ONU, suite à l’approbation initiale par l’Open Source Initiative (OSI), portant le total à 17. » Source : *Nations Unies — Sixteen organizations endorse UN Open Source Principles
Je me suis demandé, encore une fois, pourquoi au Québec ce n’est pas plus encouragé ?
Pourtant, les projets de logiciels libres au Québec existent. Il y a même « Cadre de référence des logiciels libres » du gouvernement du Québec, publié en 2021, qui fait état de la progression de l’utilisation des logiciels libres dans l’appareil public québécois et recense les initiatives et logiciels les plus courants.
Par exemple, le projet IGO (Infrastructure Géomatique Ouverte) et la Forge gouvernementale sont de bons exemples d’efforts pour intégrer le libre au sein des institutions publiques.
Malgré ces bons projets, le logiciel propriétaire domine encore. On dirait que beaucoup d’administrateurs préfèrent encore payer le gros prix par habitude, par peur du changement, ou simplement par méconnaissance des alternatives existantes.
Un autre cas réussi au Québec est celui de la Commission des transports, qui a développé le Système intégré de mission (SIM) avec CGI sur une base de logiciels libres. Grâce à ce projet, elle est devenue l’un des premiers tribunaux administratifs québécois à fonctionner sans papier. Donc, un traitement des dossiers plus rapide, réduction du temps d’attente, et surtout économies substantielles en frais de gestion et de maintenance. (source)
Des économies ?
Les études sont claires, les économies possibles avec les logiciels libres sont substantielles et réelle. Ailleurs dans le monde, il y a des exemples qui parlent
- Estonie : Le e-health national a coûté 10 M$, tout en assurant la souveraineté numérique des citoyens.
- Ukraine : En pleine guerre, ils ont numérisé leur État civil et créé une identité numérique nationale. Leur application, Diia, est ouverte sur GitHub.
- Ville de Paris : Les travaux publics sont gérés avec la suite Lutèce, 100 % libre, multilingue, et tout le code est public.
- Catalogne : Decidim, une plateforme citoyenne libre, permet à tous de commenter et voter des lois en ligne.
- Allemagne fédérale : Utilise Nextcloudpour le partage et la gestion de documents.
- ONU : Utilise CryptPad pour ses documents collaboratifs sécurisés.
- Gendarmerie française et le Land de Schleswig-Holstein (Allemagne) : migrent vers des bureaux Linux à grande échelle.
- Suisse et Canton de Berne : exigent le logiciel libre dans tous les nouveaux contrats publics.
- Chine : L’administration centrale utilise une version personnalisée d’Ubuntu Linux (Kylin).
On peut faire différemment, avec du libre, jusqu’à 50 fois moins cher, tout en développant notre expertise et en restant indépendant.
Attention, logiciel libre ne veux pas dire gratuit ou sans frais. Il faut prévoir l’ajustement et les formations des gens ! Selon une étude du CEFRIO (2018), seulement 13 % des organisations publiques québécoises utilisaient principalement des logiciels libres dans leur infrastructure TI, alors que le potentiel d’économies est évalué à plusieurs dizaines de millions par année pour l’ensemble de l’administration (IRIS et CEFRIO).Selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), l’adoption généralisée de logiciels libres au Québec pourrait générer des économies significatives tout en améliorant notre autonomie technologique.
À l’échelle internationale, Munich a économisé des dizaines de millions d’euros grâce à sa migration vers des solutions libres comme Linux et LibreOffice. Même si ce projet a eu des difficultées, il reste un exemple concret que le changement est non seulement possible mais bénéfique.
Un autre mythe existe, les logiciels libres seraient « moins beaux » ou moins conviviaux.
C’était parfois vrai il y a 20 ans. Aujourd’hui, des outils comme LibreOffice, OnlyOffice, Nextcloud ou GIMP offrent une expérience utilisateur soignée, adaptée à la bureautique moderne. Plusieurs grandes institutions, dont la Gendarmerie nationale française et la Ville de Barcelone, ont migré vers ces outils, prouvant leur robustesse au quotidien.
Gouvernance, pérennité, sécurité et souveraineté numérique
Un logiciel libre bien adopté, maintenu par une communauté ou une fondation reconnue (comme la Linux Foundation, Apache Software Foundation), bénéficie d’une maintenance et d’une transparence à long terme supérieures à bien des produits propriétaires.
Plusieurs entreprises ou gouvernements ont vécu le cauchemar d’un fournisseur propriétaire qui abandonne un produit sans avertir, laissant des systèmes obsolètes ou forcant une migration encore plus couteuse.
Le gouvernement canadien lui-même reconnaît l’importance stratégique des logiciels libres, en contribuant à des projets open source et en publiant son propre code sous licence libre (Gouvernement du Canada).
Parce que dépendre entièrement de logiciels propriétaires étrangers revient à placer nos données et nos infrastructures critiques sous le contrôle direct ou indirect de puissances étrangères.
Du point de vue de la sécurité, il est clair qu’il y a des risques à continuer à rester dépendant :
- Dépendance totale au fournisseur : Impossibilité de changer de fournisseur sans coûts astronomiques.
- Augmentation imprévisible des coûts : Contrôle total du fournisseur sur la tarification et les conditions d’utilisation.
- Failles de sécurité invisibles : Code source fermé qui empêche l’identification proactive des vulnérabilités.
Côté sécurité, la transparence du code est une force : les failles majeures sont souvent repérées et corrigées très rapidement, comme lors de la vulnérabilité Heartbleed sur OpenSSL (2014), où la communauté mondiale s’est mobilisée en quelques heures.
Dans le logiciel propriétaire, une faille peut dormir pendant des mois sans être détectée ni corrigée.
Avantages des logiciels libres
- Transparence: Possibilité d’auditer et de sécuriser le code source.
- Réduction significative des coûts récurrents : Pas de frais de licence.
- Indépendance technologique : Liberté de modifier, adapter et personnaliser les outils selon les besoins précis de chaque organisation.
Économie circulaire du savoir
Miser sur le logiciel libre, c’est créer une économie circulaire de l’innovation puisqu’un code développé pour une ville ou un ministère peut être réutilisé, amélioré et redéployé ailleurs, créant un partage des investissements et un effet de levier pour tous.
Accessibilité, francisation et adaptation
Les logiciels libres permettent d’adapter rapidement les outils aux besoins culturels, linguistiques et réglementaires du Québec.
On peut assurer la francisation complète, l’accessibilité pour tous et le respect des normes du marché public, sans dépendre des délais ou priorités d’un fournisseur étranger.
“Green IT” et sobriété numérique
Le logiciel libre, c’est aussi une démarche écoresponsable avec des solutions moins gourmandes, optimisation du matériel existant, mutualisation des infrastructures, et limitation du gaspillage électronique.
Miser sur le libre, c’est aussi réduire l’empreinte carbone des organismes publiques.
Le virage de l’intelligence artificielle
Impossible de parler de technologies sans mentionner l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, la majorité des grands outils d’IA comme TensorFlow, PyTorch, HuggingFace, Scikit-learn sont des logiciels libres, avec des communautés internationales extrêmement dynamiques.
Si le Québec veut jouer un rôle de important dans ce domaine, je crois que d’adopter le réflexe « libre » dès maintenant permets d’éviter d’être en retard sur la prochaine vague technologique.
Alors, pourquoi ça n’augmente pas ?
Adopter les logiciels libres n’est pas toujours facile.
Le cas de Munich montre aussi pourquoi certaines migrations échouent, par un manque de formation, la résistance au changement des utilisateurs finaux, l’incompatibilité avec certains autres systèmes propriétaires et surtout une pression politique constante des fournisseurs de logiciels propriétaires.
Lors du déploiement des solutions à Munich, les employés ont signalé des difficultés à adapter leurs flux de travail, ce qui a provoqué des retards et des frustrations importantes.
On comprends que le succès d’une migration dépends d’une gestion des changements, d’un accompagnement des utilisateurs, puis surtout d’un soutien politique et technique ferme et cohérent tout au long du processus.
Au Québec, on peut aussi nommer des cas où l’adoption du libre a échoué, souvent faute de vision politique ou d’accompagnement.
Plusieurs ministères ont tenté de migrer vers des alternatives libres sans formation suffisante ni soutien des directions. Le résultat est le même, retour aux solutions propriétaire, souvent sous pression des utilisateurs ou de fournisseurs.
Ce n’est pas la faute du logiciel, c’est une question de gouvernance et de planification et de volonté.
Aspects juridiques à ne pas négliger
Les logiciels libres viennent avec des licences spécifiques (GPL, MIT, Apache) qui imposent certaines obligations, comme la redistribution sous licence libre des modifications apportées.
Bien gérer ces licences est crucial pour éviter des problèmes juridiques. Toutefois, ces risques restent mineurs comparés aux contraintes souvent imposées par les contrats propriétaires restrictifs et coûteux.
Quelques recommandations pratiques pour une transition réussie
- Évaluation sérieuse des besoins internes : Identifier clairement où le logiciel libre peut remplacer avantageusement le propriétaire. Pour faciliter cette évaluation, il est important d’utiliser des indicateurs précis tels que la fréquence d’utilisation des logiciels, les coûts récurrents liés aux licences propriétaires, la criticité des données traitées, la facilité d’intégration aux systèmes existants et les opportunités potentielles d’amélioration ou de personnalisation des logiciels selon les besoins spécifiques de l’organisation.
- Formation ciblée et continue : Investir dans la formation technique et utilisateur pour faciliter l’adoption des nouveaux outils. La formation est un élément clé pour gérer efficacement le changement organisationnel et réduire la résistance des utilisateurs aux nouveaux logiciels, comme l’indiquent plusieurs études sur la gestion du changement (Kotter et Prosci).
- Développement d’une politique claire et incitative : Promouvoir officiellement l’usage de logiciels libres dans tous les appels d’offres publics. Parfois, ce n’est pas nécessairement l’application visible qui doit être remplacée par un logiciel libre, mais plutôt les bases de données ou les outils d’arrière-plan. L’utilisation de modèles ouverts pour ces infrastructures permet d’assurer une meilleure flexibilité et une indépendance accrue.
- Partenariats avec des entreprises locales spécialisées : Favoriser l’économie locale en soutenant plusieurs développeurs et entreprises québécoises spécialisées dans le logiciel libre. Il est important d’impliquer divers acteurs locaux pour éviter de retomber dans le piège d’une dépendance à un seul fournisseur, garantissant ainsi une saine concurrence et une meilleure résilience technologique.
Pièges à éviter
- Remplacer un logiciel propriétaire par un libre sans revoir les processus internes.
- Négliger la gestion du changement (formation, soutien, accompagnement).
- Croire qu’un seul prestataire libre suffit : il faut garder plusieurs fournisseurs pour éviter de recréer une dépendance.
Réussir la transition, c’est autant une question de vision que de stratégie!
Questions à se poser avant de migrer vers un logiciel libre
- Le logiciel est-il activement maintenu et évolutif ?
- Existe-t-il une communauté ou un réseau d’experts ?
- Du support local est-il disponible ?
- Quels sont les besoins réels de mon organisation ?
- Les outils proposés répondent-ils aux normes et exigences légales ?
Prendre le temps de se poser ces questions, c’est s’assurer d’un virage réussi et pérenne.
Vive le changement!
Il est temps de mettre fin à cette dépendance coûteuse aux géants technologiques étrangers.
En choisissant les logiciels libres, nous investissons non seulement dans une technologie plus transparente et sécurisée, mais aussi dans une économie locale dynamique et innovante.
Le Québec mérite mieux que de payer éternellement pour des licences propriétaires. Il est temps d’utiliser nos ressources pour développer des solutions libres, adaptées à nos besoins, et de reprendre pleinement le contrôle de notre avenir numérique.