J’ai des clients qui viennent tout juste de terminer leur certification ISO 9001:2015. La première question, une fois le certificat en main : « Est-ce qu’on va devoir tout refaire dans deux ans? »

Ma réponse courte : non. La révision n’est pas une révolution complète.

ISO 9001:2015 est la norme de gestion de la qualité la plus utilisée au monde. Elle n’a pas été révisée en profondeur depuis onze ans. La nouvelle version, ISO 9001:2026, en est au stade FDIS (Final Draft International Standard), la dernière étape formelle avant publication.

Le Draft International Standard (DIS) est sorti le 27 août 2025 et a été approuvé par les organismes membres de l’ISO en décembre 2025. La publication officielle est attendue en septembre 2026, même si certaines sources parlent plutôt d’octobre ou novembre.

À ce stade, les règles de l’ISO n’autorisent plus qu’un vote d’approbation ou de rejet sur le texte, sans changement de fond possible. Le contenu technique est donc figé.

Le calendrier de transition

Une fois la norme publiée, vous aurez une période de transition d’environ trois ans pour vous conformer, ce qui reporte l’échéance vers septembre 2029 (sous réserve de confirmation par le Forum international d’accréditation, l’IAF). Par contre, les premiers certificats ISO 9001:2026 ne seront probablement pas délivrés avant la fin de 2027. Le temps que les organismes de certification eux-mêmes soient accrédités sur la nouvelle version.

Donc si vous êtes en train de certifier ou de recertifier sur la version 2015 cette année, ne retardez rien en attendant la nouvelle mouture. Vous auriez trois ans devant vous de toute façon.

Les six changements

1. Le changement climatique entre dans la clause 4

L’amendement climatique de 2024 (ISO 9001:2015/Amd 1:2024) est maintenant intégré au corps de la norme, dans les clauses 4.1 et 4.2, avec des répercussions sur les clauses 4.3 et 6.1. Vous devez déterminer si le changement climatique est un enjeu externe pertinent pour votre système de gestion de la qualité et, si oui, l’intégrer à votre planification.

2. La culture qualité et le comportement éthique (clause 5.1.1)

C’est l’ajout le plus discuté. La direction doit maintenant promouvoir explicitement une culture qualité et un comportement éthique.

Je vous avoue que cette clause n’est pas vérifiable en pratique. Le comité technique responsable (TC 176) n’a ajouté aucune exigence pour l’appuyer. « Orientation stratégique » n’est toujours pas défini dans la norme. C’est une déclaration d’intention, pas une obligation mesurable. Un auditeur ne pourra pas vérifier autre chose que si le mot existe quelque part dans vos documents.

3. Risques et opportunités, chacun leur clause (6.1)

La clause 6.1 est maintenant divisée en trois : 6.1.1 (déterminer les risques et opportunités), 6.1.2 (agir sur les risques) et 6.1.3 (agir sur les opportunités). En 2015, les deux étaient traités ensemble, avec le risque que l’un des deux soit négligé.

Par contre, la nouvelle clause 6.1.3 reprend presque mot pour mot le texte de 6.1.2 en remplaçant « risque » par « opportunité ». Il n’y a pas vraiment de contenu nouveau. Et le mot « opportunité » demeure non défini, près d’une décennie après son arrivée dans la norme en 2015.

4. La gestion du changement se renforce (6.3)

Les exigences de planification des changements sont étoffées, avec des répercussions sur les clauses 5.3, 8.1, 8.2.1, 8.2.4 et 9.3. L’accent est mis sur la communication, le suivi et l’évaluation des changements.

Les formulations restent souvent au conditionnel (« devrait considérer »), sans obligation documentaire claire. Ça laisse une bonne marge d’interprétation à l’auditeur et à vous.

5. La sensibilisation s’élargit (7.2 et 7.3)

Vos employés doivent maintenant comprendre la culture qualité et le comportement éthique de l’organisation, en plus des processus habituels du système de gestion de la qualité. Concrètement, ça veut dire revoir vos programmes d’intégration et de formation continue pour y ajouter ces notions, pas juste les mentionner dans une procédure qui prend la poussière.

6. Une annexe A beaucoup plus fournie

La nouvelle annexe A fait environ 15 pages et clarifie la structure, la terminologie et l’intention des clauses.

Cette annexe ne contient aucune exigence contraignante. Vous pouvez l’ignorer complètement sans que ça change quoi que ce soit à votre certification. Une bonne partie du travail du comité technique a porté là-dessus plutôt que sur des lacunes connues de longue date dans la clause 8 (Opérations).

Ce qui ne change PAS

Il circule pas mal de rumeurs sur cette révision. Voici ce qui est confirmé faux dans le texte FDIS :

Il n’y a aucune nouvelle exigence technique sur l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou l’infonuagique. La norme ne devient pas une norme de développement durable, seul le changement climatique de l’amendement 2024 est intégré. Il n’y a aucune clause spécifique sur la résilience de la chaîne d’approvisionnement. Et la structure Annexe SL, avec la numérotation habituelle des clauses, est globalement préservée. Une seule vraie suppression : la clause 10.3 sur l’amélioration continue disparaît, jugée redondante avec 10.1. Les exigences restent, elles sont simplement regroupées.

Deux lectures qui s’opposent : je penche d’un bord

Les organismes de certification présentent cette révision comme un changement stratégique important, articulé autour de la résilience organisationnelle et de la culture qualité.

De l’autre côté, une analyse technique indépendante et très critique (Oxebridge) qualifie la majorité des changements de cosmétiques. Selon cette analyse, la quasi-totalité du contenu substantiel se trouve dans le texte non normatif (introduction, annexe A) plutôt que dans les exigences réelles des clauses 4 à 10.

Mettre à jour un système déjà certifié ISO 9001:2015 prendrait environ une heure de travail réel. Des défauts historiques de la norme, comme l’absence de clause claire sur la livraison ou la confusion entre « documents » et « enregistrements », restent non corrigés.

Après avoir lu les deux camps, je penche du côté des critiques. Les organismes de certification ont un intérêt commercial évident à présenter chaque révision comme un grand changement : ça justifie les mandats de transition qu’ils vont vous facturer.

La réalité du texte, c’est que les clauses opérationnelles bougent peu. Ce qui bouge beaucoup, c’est le texte d’intention. Utile pour comprendre la philosophie de la norme, mais ça ne change pas grand-chose à ce qu’un auditeur va vérifier chez vous.

En pratique

Voici ce que je recommande à mes clients, peu importe où ils en sont dans leur cycle de certification :

  • Faites une analyse d’écart entre votre système actuel et les clauses révisées, en priorité sur 4.1/4.2 (climat), 5.1.1/5.2 (culture et politique qualité), 6.1 (risques/opportunités) et 7.3 (sensibilisation).
  • Révisez votre politique qualité pour qu’elle mentionne explicitement le contexte de l’organisation et son orientation stratégique.
  • Mettez à jour vos programmes de formation pour couvrir la culture qualité et le comportement éthique, même si l’exigence reste floue. Mieux vaut être capable d’en parler devant un auditeur que de se faire surprendre.
  • Ne retardez pas une certification ou une recertification en cours pour attendre 2026. La transition vous donne trois ans et les premiers certificats sur la nouvelle version ne sortiront pas avant 2027.
  • Si vous avez déjà ISO 14001, regardez la transition de façon intégrée. Les deux révisions 2026 partagent une terminologie et des exigences climatiques communes.

Bref, cette révision mérite votre attention, mais pas votre panique. Les fondations de votre système de gestion de la qualité restent les mêmes. Ce qui va vraiment demander du travail, c’est la culture qualité et la gestion du changement, deux zones où la norme reste volontairement vague sur ce qu’un auditeur va exiger comme preuve.

Je suis curieux de voir comment les organismes de certification vont interpréter concrètement la clause sur la culture qualité une fois la norme publiée. Ça pourrait varier beaucoup d’un auditeur à l’autre.

Un audit ou une recertification s’en vient et vous n’êtes pas certain de ce que cette révision change pour vous? Écrivez-moi.