Le 3 juin 2026, le gouvernement canadien a publié sa toute première Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle, intitulée « L’IA pour tous ». J’ai lu ce document pour vous.
En premier, le Canada est en retard
Le Canada a co-inventé l’IA moderne. Geoffrey Hinton (prix Nobel), Yoshua Bengio et Richard Sutton (prix Turing) sont tous Canadiens. Pourtant, seulement 12 % des entreprises canadiennes utilisent l’IA dans leurs activités, comparativement à 26 % en Allemagne et à plus de 40 % dans les pays nordiques. Moins d’un quart des Canadiens disent avoir reçu une formation en IA.
On innove ici. On adopte ailleurs. C’est le paradoxe que cette stratégie cherche à corriger.
Six piliers
La stratégie s’articule autour de six axes :
- Protéger les Canadiens : modernisation des lois sur la vie privée, lutte contre les hypertrucages et la désinformation, protection des élections
- Outiller les Canadiens : formation gratuite en littératie IA pour tous, accès à des agents IA fiables pour tous les étudiants postsecondaires
- Prospérité partagée : objectif de 60 % d’adoption par les entreprises d’ici 2034, 250 000 nouveaux emplois grâce à l’IA
- Souveraineté numérique : construction d’un superordinateur de calibre mondial, 2 milliards $ en infrastructure de calcul souveraine
- Champions canadiens : fonds de 500 millions $ pour garder les meilleures entreprises IA au Canada
- Alliances mondiales : 20 nouveaux partenariats avec des pays aux vues similaires, dont 11 portant explicitement sur l’IA
Ce qui retient mon attention
D’abord, le mot confiance est au cœur de tout. La stratégie reconnaît explicitement que l’adoption sans confiance ne tient pas. C’est une approche mature, surtout dans un contexte où la moitié des Canadiens voient l’IA comme une menace pour l’humanité.
Ensuite, la notion de souveraineté numérique est enfin prise au sérieux. Le constat est honnête : nos chercheurs entraînent leurs modèles sur des serveurs étrangers, nos données sensibles vivent dans des juridictions étrangères et nos meilleures entreprises finissent par déménager aux États-Unis. Le gouvernement veut changer ça, avec des moyens concrets.
Enfin, les secteurs prioritaires (santé, énergie, agriculture, transport, fabrication) sont bien choisis. Ce sont des domaines où le Canada a des données, des actifs et un avantage réel à l’international.
Ce que ça signifie
Pour les organisations, c’est le signal que l’adoption de l’IA n’est plus optionnelle. Le gouvernement va former, financer et certifier. Les entreprises qui attendent vont se retrouver en retard de la courbe qui s’accélère.
Pour les professionnels de la conformité et de la sécurité, les prochains mois apporteront de nouvelles lois sur la vie privée, des normes de certification IA et un cadre de transparence renforcé. Il vaut mieux s’y préparer maintenant.
Un angle mort : les normes
La stratégie reste étonnamment vague sur les normes techniques. Elle parle du Conseil canadien des normes et d’un futur « Programme canadien de certification en IA de confiance », mais ne nomme aucune norme spécifique. Notamment, ISO 42001 — le standard international de référence pour les systèmes de gestion de l’IA — est absent du document.
C’est un angle mort réel. ISO 42001 est déjà la boussole que les organisations sérieuses utilisent pour structurer leur gouvernance IA : politiques, évaluation des risques, transparence et responsabilisation. Si le gouvernement veut imposer une certification IA de confiance, il va bien devoir s’appuyer sur quelque chose. Et ISO 42001 est le candidat le plus logique.
Pour les professionnels de la conformité et de la sécurité, le message est clair : n’attendez pas que le cadre réglementaire soit finalisé. Les organisations qui commencent maintenant à aligner leur gouvernance IA sur ISO 42001 seront en bien meilleure position quand les exigences deviendront formelles.
Le Canada avait les cerveaux. Il se donne maintenant un plan.
La vraie question : est-ce que nos organisations vont suivre le rythme, ou attendre que ce soit obligatoire?
👉 Contactez-moi si vous souhaitez mettre en place la norme ou en apprendre davantage.
Source : Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada – L’IA pour tous (ISDE, juin 2026)